Poignées de main européennes
: telle est la devise éloquente qui invite les artistes et le public
du continent à se rencontrer, à se connaître et à
se divertir grâce à des manifestations artistiques qui se
tiendront au printemps de 2002 à l'occasion de la vingt-deuxième
édition du Festival de Printemps de Budapest.
Au concert inaugural, l'Orchestre
du Festival de Budapest sera placé sous la baguette d'un invité
de renom : Guennadi Rojdestvenski, l'ancien chef d'orchestre du
Théâtre Bolchoï de Moscou, de l'Orchestre Philharmonique
de Stockholm et de l'Orchestre Symphonique de la BBC, Les interprètes
russes seront d'ailleurs représentés par plusieurs grands
artistes, dont Igor Oïstrakh, un des violonistes favoris du
public budapestois, qui se produira cette fois-ci avec l'Orchestre de
Chambre Franz-Liszt qui jouit depuis plusieurs décennies d'un
prestige international.
Sa compatriote, la violoniste Tatiana
Grindenko a fondé il y a une vingtaine d'années le premier
ensemble de musique ancienne d'Europe centrale, l'Académie de
Musique ancienne de Moscou. Cet ensemble, qui joue sur des instruments
d'époque surtout des uvres de compositeurs du XVIIème et
du XVIIIème siècles, met également sur son programme
de la musique contemporaine sous le nom de Opus Posth. A Budapest,
ils vont jouer, entre autres choses, un morceau de l'Américain Philip
Glass et du Grec Yannis Xenakis.
Nikolaus Harnoncourt, le fondateur
du Concentus Musicus de Vienne, l'un des ensembles de musique ancienne
les plus célèbres, était né à Berlin.
Il était élevé à Graz, il a fait des études
à Vienne et a par la suite conquis toutes les capitales d'Europe.
L'excellent violoncelliste et chef d'orchestre se produira à Budapest
à la tête de son propre ensemble et dirigera aussi les Churs
Schönberg.
Le monde a appris le nom de Helmuth
Rilling lorsque, à la tête de ses deux ensembles, il a
enregistré en quinze ans sur disques une intégrale des cantates
religieuses et des oratorios de Jean-Sébastien Bach. La Passion
selon Saint Jean, interprétée par l'Académie
Internationale Bach de Stuttgart, sera sans doute un des événements
majeurs du Festival.
Cette année, Carmen ne se contentera
pas d'une seule soirée. La belle Gitane espagnole conquerra son
Don José dans au moins quatre différentes interprétations.
La « version hongroise » de cette histoire bien connue sera
interprétée entre autres par les Ballets de Gyõr
et les Ballets de Pécs, sans parler du spectacle monté
et dansé par Yvette Bozsik. Le public pourra admirer en outre
la chorégraphie de Ferenc Novák, l'un des plus grands
maîtres de la danse populaire. Et, toujours à propos de Carmen,
la Compagnie Bianco Danca d'Eger se produira également à
Budapest.
Le Festival de Printemps ne laisse
pas sur leur faim les fanatiques des beaux-arts non plus. Plus d'une centaine
de dessins et d'aquarelles, autant d'uvres remarquables du romantisme
allemand provenant de la collection de la Galerie d'État de Stuttgart,
seront présentés au public à l'occasion de l'exposition
inaugurale du Musée des Beaux-Arts de Budapest.
Au Musée national, une
exposition sera dédiée aux siècles révolus
de l'histoire de Hongrie sous le titre de Trouvailles (vestiges) de
l'époque des Avars
Et, comme chaque année, l'exposition
présentant les photos de presse de l'année attirera sans
conteste de nombreux visiteurs. Parmi les clichés primés
figurera, à la fin, la meilleure photo qui sera prise à l'occasion
de la manifestation et qui obtiendra le Prix spécial du Festival
de Printemps.
L'Église Mathias figure sans
nul doute dans presque tous les albums de photos faits sur Budapest. Ce
bâtiment symbolique de la ville accueillera les concerts de musique
religieuse qui seront donnés à l'occasion du Festival.
Et ce n'est pas encore la fin des poignées
de main. Dmitri Ashkenazy, un des plus grands maîtres contemporains
de la clarinette va donner un concert en commun avec les quatre musiciens
hongrois qui composent le Quatuor Kodály. L'un des plus grands
représentants de l'école hongroise de violon, de renommée
mondiale, György Pauk, venu de Londres, se produira en compagnie
du pianiste Jenõ Jandó qui vit à Budapest mais
dont la réputation n'est plus à faire dans les plus grandes
salles de concert à l'étranger. Gidon Kremer va amener
à Budapest l'ensemble Kremerata Musica qu'il a fondé
lui-même et dont les membres sont de jeunes musiciens venus d'Estonie,
de Lettonie et de Lithuanie
alors que Youri Bashmet dirigera les
Solistes de Moscou qui proposeront une sélection d'uvres de musique
contemporaine.
Un véritable « festival
dans le Festival » sera dédié à la mémoire
de Ernõ Dohnányi, un des plus grands pianistes et
compositeurs de la première moitié du XXème siècle.
Les excellents musiciens hongrois réunis sous le label du Quatuor
Bartók, de renommée mondiale, s'y tailleront la part
du lion, mais des extraits seront également donnés des musiques
de ballet du maître.
Le message des scènes de ballet
d'Europe parviendra à Budapest grâce au Netherlands Dans
Theater, un prestigieux ensemble néerlandais
et grâce
au Théâtre du Signe animé par Joseph Nadj,
un Hongrois natif de Voïvodine installé en France, dont le
style est un amalgame réussi du cirque, du théâtre,
de l'acrobatie et de la danse, autant d'éléments d'un véritable
mimodrame.
L'ensemble hongrois KFKI, une
formation de circonstance enfreint également des tabous en se produisant
sur scène sur la musique d'un fameux ensemble pop hongrois nommé
Locomotiv GT.
L'Académie de Musique de
Budapest accueillera des chanteurs français qui chanteront Dialogues
des Carmélites, un opéra aux accents historiques rarement
joué de Francis Poulenc, dont le livret fait revivre l'époque
de la Révolution française. Cette représentation sera
une curiosité au sens noble du terme au même titre que le
spectacle monté par Balázs Kovalik d'après l'opéra
Ezio de Haendel et Le Roi Lear de Shakespeare.
La même magie émane du
spectacle monté par Anatoly Vassiliev, une des figures emblématiques
du théâtre moderne qui offre, d'après Pouchkine, une
version moderne du conflit entre Mozart et Salieri, accompagnée
par la musique de Vladimir Martinov.
Quelquefois, les choses simples peuvent
même être passionnantes. Il en va de même pour le concert
donné par Marc Minkovsky, un des apôtres de la musique
française baroque, à la tête de l'ensemble des Musiciens
du Louvre-Grenoble, qu'il a fondé lui-même, ou pour le
récital de piano de Zoltán Kocsis, directeur musical
et chef d'orchestre de l'Orchestre Philharmonique national : ce
sera un événement de tout premier plan indépendamment
même du programme, car l'excellent pianiste de renommée mondiale
ne s'est pas produit comme soliste depuis cinq ans. L'Ensemble de Percussion
Amadinda viendra à compléter ce concert, comme il se
joindra aux musiciens du Yu Percussion Group venu de Taïwan,
qui commencera sa tournée à Budapest.
En plus des nombreux programmes musicaux
qui y seront présentés, la prose sera également au
rendez-vous. Parmi les spectacles dramatiques, il convient de mentionner
en premier lieu la représentation de la pièce Le sultan
Ibrahim, écrite par Daniel Casper von Lohrenstein et montée
en coproduction par Ruhrfestspiele (le Festival du Ruhr) et le Festival
de Printemps dans le cadre d'un projet international.
Les amoureux de la guitare espagnole
pourront assister au récital de Pepe Romero, un des meilleurs
interprètes, désormais classiques, de cet instrument. Ceux
qui aiment la musique populaire hongroise pourront se rendre à la
soirée de l'Ensemble Rajkó qui fête cette année
ses cinquante ans d'existence ou au récital de chant de Márta
Sebestyén, qui a prêté sa belle voix au film Le
patient anglais et que l'on peut également entendre chanter sur
le disque d'or de l'ensemble français Deep Forest ayant obtenu le
Prix Grammy. Pour l'occasion, elle sera accompagnée par l'Ensemble
Muzsikás.
Au programme du Quatuor Turtle Island,
fondé par David Balakrishnan, figurent des transcriptions tirées
de la musique populaire indienne, des tubes de Led Zeppelin et même
de Bach et de Vivaldi. Les musiciens disent qu'ils jouent dans le même
esprit qui a dû animer Joseph Haydn lorsque celui-ci a créé
le genre du quatuor à cordes.
Turtle Island et Haydn ? Eh oui ! Et,
en plus, l'Orchestre tzigane de cent membres, La comtesse Maritza
et Emmerich (Imre) Kálmán. La soirée qui remporte
traditionnellement le plus grand succès à l'occasion des
éditions successives du Festival de Printemps, c'est le Festival
d'Opérette qui verra se produire cette année la compagnie
de Szolnok, celle de Szeged et celle de Kecskemét. Là, le
public sera tout aussi bien au rendez-vous qu'au récital de Pepe
Romero ou pour écouter la musique de Jean-Sébastien Bach.
Car nous vivons sur un continent où, malgré nos nombreuses
langues maternelles, nous parlons tous la même langue. Là
où, cette année le Festival de Printemps de Budapest
vous invite une fois de plus à une poignée de main européenne. |